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Yoga

Au-delà des postures du yoga, les yamas et les niyamas

Le yoga, ce n'est pas toucher ses pieds, c'est toucher son âme.

Peinture indienne ancienne : Shiva assis sur une montagne, entouré de fidèles en prière, le taureau Nandi à ses pieds

Le yoga tel qu'il est souvent enseigné en Occident met l'accent sur une pratique principalement posturale, les asanas s'enchaînant plus ou moins rapidement selon le style de yoga pratiqué. Pourtant, cette voie de transformation qu'est le hatha yoga ne saurait se limiter au mouvement corporel.

Les Yoga Sutras

Patanjali, figure légendaire qui aurait vécu en Inde entre le IIe siècle avant J.-C. et le IIe siècle après J.-C., codifia le yoga, qui était alors une pratique védique et orale, dans ses célèbres Yoga Sutras : un recueil d'aphorismes mettant en lumière la nature du mental, les moyens de désidentification de l'ego, les clés pour déchirer le voile des illusions, le chemin pour atteindre la libération. Il y décrit au tout début le yoga comme Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ, c'est-à-dire : « Le yoga est l'arrêt des fluctuations du mental. »

Quand le mental est silencieux, notre vraie nature se révèle alors. On est loin d'y décrire une posture de chien tête en bas ! Ce guide philosophique est extrêmement important pour tout élève soucieux d'enrichir sa pratique, car il nous donne des clés essentielles pour mieux vivre.

La pratique posturale est évidemment importante, car notre corps, notre véhicule, doit devenir fort, souple, énergétiquement équilibré. Les postures nous aident principalement à pouvoir tenir la posture assise et à mieux canaliser l'énergie vitale (le prana), afin de tenir longtemps en méditation. Or sans force ni souplesse, du corps comme de l'esprit, il sera difficile de garder l'immobilité nécessaire à l'exploration de nos mondes intérieurs.

Les huit branches du yoga

Patanjali ne décrit aucune posture dans ses Sutras. Il nous dit simplement que la posture doit être « stable et confortable », et c'est le hatha yoga qui, plus tard, développe de nombreuses postures qui aideront dans le travail énergétique. Patanjali synthétise donc et nous enseigne un chemin à huit branches, des étapes progressives, une cartographie que l'on appelle les huit membres (ashtanga yoga) et dont le but ultime est la libération, l'illumination. Ces huit membres sont :

  1. Yama : les principes éthiques pour vivre en harmonie avec les autres, dans la société ;
  2. Niyama : la conduite personnelle ;
  3. Asana : la posture physique, qui servait au départ seulement à préparer à la méditation ;
  4. Pranayama : le contrôle et le stockage du souffle dans son aspect énergétique, c'est-à-dire le prana, clé de l'énergie vitale ;
  5. Pratyahara : le retrait des sens, pour tourner l'attention vers l'intérieur ;
  6. Dharana : la concentration, pour stabiliser le mental ;
  7. Dhyana : la méditation profonde ;
  8. Samadhi : l'état de libération, où l'ego se dissout et l'union avec le tout s'établit.

Ces outils concrets pour sortir du cycle de la souffrance nous montrent que les postures sont une des clés vers la paix intérieure, mais elles ne sont en aucun cas une finalité, et il serait dommage de réduire cette discipline de l'esprit et de l'énergie à ce seul aspect. D'ailleurs, à l'origine, dans certaines branches du yoga, les postures (très différentes de celles de nos cours modernes) n'étaient pas enseignées au début de l'initiation. Il fallait expérimenter, vivre, être en accord avec les deux premiers membres et les incarner dans sa vie quotidienne : les yamas et les niyamas. L'engagement du disciple ouvrait la voie à un enseignement plus profond.

Des disciplines du cœur

J'ai beaucoup de plaisir à commencer mes cours avec les yamas et les niyamas. Ils orientent la pratique des élèves, posent un fil conducteur, une intention qui va au-delà du tapis. Comme une graine qui se dépose au fond du cœur et qui se développe jour après jour.

J'aime leur rappeler que les yamas et les niyamas, même s'ils sont souvent présentés comme des codes éthiques et des engagements personnels, ne sont en aucun cas des restrictions du mental, mais des disciplines du cœur. Vivre avec plus de présence plutôt qu'être au service d'un ego débridé amène une joie plus profonde et des desseins plus honorables. La discipline que l'on s'impose aujourd'hui amène la liberté de demain.

Je murmure alors à l'oreille de mes élèves…

Les cinq yamas

Je suis Ahimsa, la non-violence. Dans mes bras, ton cœur prend conscience de sa tendresse et honore la vie. Tu ne te blesses plus et réalises que l'autre, c'est toi-même.

Je suis Satya, la vérité. Sous mon giron, les masques tombent et tes paroles sont pures.

Je suis Asteya, l'intégrité. Sous mon regard, tu ne voles ni le temps, ni l'énergie, ni la lumière des autres. Ton âme se relie à l'abondance.

Je suis Brahmacharya, la modération. Mon énergie canalise la tienne vers ce qui élève ton être et ce qui t'anime vraiment.

Je suis Aparigraha, le non-attachement. Je te montrerai l'impermanence de toute chose et le bonheur d'ouvrir les mains quand elles voudront s'accrocher à ce qui est voué à disparaître.

Les cinq niyamas

Je suis Saucha, la pureté. Dans mon temple, tu nettoies tes pensées, ton corps, tu simplifies ta vie et laisses la clarté remplacer le chaos.

Je suis Santosha, le contentement. Je t'apprendrai que le bonheur est sous tes pas, dans ce moment présent, et qu'il se nourrit de simplicité.

Je suis Tapas, la discipline intérieure. Mon feu t'aidera à transcender l'inconfort, à te dépasser, à en sortir plus grand et plus fort.

Je suis Svadhyaya, la connaissance de soi. Je t'offre ma curiosité pour mieux te connaître à travers la méditation, la lecture, l'exploration de tes jardins intérieurs. Ta liberté naît de cette clarté profonde avec toi-même.

Je suis Ishvara pranidhana, l'abandon au plus grand. Ma présence t'invitera à poser le front au sol avec humilité, à me faire confiance, et dès l'instant où tu te réfugies dans mes bras, ton besoin de tout contrôler disparaîtra et tu pourras respirer profondément, ici et maintenant.

Un organisme vivant

Le yoga tel que je le vis est comme un organisme vivant et interconnecté qui respire dans chaque aspect de ma vie. Patanjali nous a légué les clés pour naviguer avec clarté dans ce monde parfois chaotique. Les yamas et les niyamas ne sont pas des concepts figés, mais des guides qui éclairent notre chemin et nous rapprochent de la liberté.

Namaste.


Questions fréquentes

Que sont les yamas et les niyamas ?

Ce sont les deux premières des huit branches du yoga décrites par Patanjali dans les Yoga Sutras. Les cinq yamas sont des principes éthiques pour vivre en harmonie avec les autres : ahimsa, satya, asteya, brahmacharya et aparigraha. Les cinq niyamas concernent la conduite personnelle : saucha, santosha, tapas, svadhyaya et ishvara pranidhana.

Quelles sont les huit branches du yoga ?

Yama, niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana et samadhi : les principes éthiques, la conduite personnelle, la posture, le contrôle du souffle, le retrait des sens, la concentration, la méditation profonde et l'état de libération.

Qui a écrit les Yoga Sutras ?

Patanjali, une figure légendaire qui aurait vécu en Inde entre le IIe siècle avant J.-C. et le IIe siècle après J.-C. Il a codifié le yoga, alors une pratique védique et orale, dans un recueil d'aphorismes.

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